Le Mas d'Issoire
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Booking.com, TripAdvisor et autres AirBnB ou les revers de la modernité!


L’évolution de l’offre et de la demande concernant les chambres d’hôtes sur internet est dans une phase de transformation radicale qui, à notre avis, risque de s’avérer délétère, voire fatale, pour ce que nous sommes et souhaitons rester. A savoir des non professionnels du tourisme, plus soucieux d’accueil, de rencontre et de convivialité que de consommation, de rendement et de chiffre d’affaire. Cette conscience aigüe du danger que les trois « monstres » économiques précités (principaux mais entr’autres…) nous font à présent courir, nous force donc aujourd’hui, dans un simple but de légitime résistance, à nous positionner clairement sur ce sujet.
Mais d’abord d’où vient leur succès ?
Du point de vue du demandeur :
La recherche d’une location de tourisme par internet peut s’avérer parfois laborieuse et confuse et ceci explique certainement en partie leur attractivité auprès d’un nombre croissant d’utilisateurs. Ces sites permettent facilement et rapidement d’obtenir une liste importante d’adresses, des avis non professionnels (donc prétendument crédibles et honnêtes), des liens sur des informations correspondant à des articles de journaux, de magazines ou de guides de voyages et de forums et la possibilité d’une réservation sécurisée en ligne prétendument au prix le plus compétitif. 
Du point de vue du loueur:
-Booking.com promet une amélioration sensible du « taux de remplissage » (c’est bien de vous, nos hôtes, dont on parle… !), une flexibilité apparente alléchante (il est possible de ne présenter qu’une chambre ou deux pour une période définie et fixe), un paiement sur place directement par le « client » et du temps gagné sur la gestion des réservations (mails, téléphone, etc.).
-TripAdvisor qui se contentait d’afficher les commentaires rédigés par les voyageurs amis à présent propose aussi, bien évidemment, des réservations en ligne, il fait miroiter aux « meilleurs » une place de choix dans les résultats de recherche avec tout le potentiel économique qui peut en résulter.
-AirBnB… Ah la belle idée de départ !!! Fondée en 2008 le concept est « simplissime »… « Mettre  en relation » des demandeurs de logements ponctuels avec des loueurs occasionnels en se  concentrant sur des évènements très médiatisés lors desquels il est difficile de trouver un lieu où passer la nuit et en « profiter » pour « prélever » une commission au passage. Mais il est facile de mesurer l’attractivité d’une telle offre pour tout possesseur (ou même parfois simple locataire) d’un logement accédant ainsi sans grand frais et en quelques click à la possibilité d’un revenu (souvent conséquent) de plus, au moins au début, largement défiscalisé
On mesure immédiatement qu’en termes d’efficacité purement commerciale ce sont des « stratégies marketing» qui paraissent incontournables. Mirage excitant où bon nombre de nos confrères semblent aujourd’hui se précipiter (la « période de crise » en favorisant, bien évidemment, l’attractivité …). Dans ces trois cas l’intérêt à court terme des loueurs, même ceux de gîtes ou de chambres d’hôtes, parait évident. Pourtant ce ralliement spontané, au premier abord rationnel et efficace, dissimule, en réalité une modification, déjà à l’œuvre il est vrai, mais à présent radicale, des relations entre les hôtes et ceux qui les accueillent (qui portent (portaient ?) c’est à noter, le même nom. Ils ne sont plus dès lors que des simples clients, des sources de revenus voire, dans certains cas, de profits.  
Afin de mesurer l’ampleur du phénomène il est d’abord nécessaire de s’interroger sur qui sont ces nouveaux « opérateurs » du tourisme en ligne et sur leurs objectifs (affichés et/ou réels), ce que la majorité ignore.
D’abord quelques chiffres aussi hallucinants qu’édifiants...
Booking.com en 2016…
-10,74 milliards de $  alors qu’il n’était que de 1.4 milliards en 2007 et de 9.22 milliards en 2015.
-3,4 milliards de pub en ligne (463 Millions $ en 2013)
-556,6 millions de $  de nuitées vendues
-4,3 milliards de $  de trésorerie en cash

Booking n’est en réalité que la partie la plus connue du consortiumPriceline(1) le plus puissant du marché (une société américaine et un site de commerce électronique qui permet à ses clients de réserver des vols, des véhicules, des hébergements et des places dans des restaurants partout à travers le monde). Cette filiale commercialise les chambres en se rémunérant par une commission à partir de 15% par réservation et qui augmente au prorata de nombre de chambres mises ainsi en ligne. C’est avant tout un monstre du référencement indétrônable en tant que 1er lien sur Google! La rumeur dit que le site est celui qui dépense le plus sur Google : l’année dernière, il aurait consacré 3,5 milliards de dollars au “marketing de performance”, soit celui qui a surtout un rapport avec les recherches sur Internet. 
Ensuite TripAdvisor…
 il « couvrait », en 2012, environ 700 000 hôtels, 400 000 locations de vacances, 259 000 attractions, 116 000 destinations et plus de 1 000 000 de restaurants, soit un total de plus de 2 500 000 entreprises référencées à travers le monde. Et cinq ans plus tard, plus de 3.7 millions d’entreprises pour plus de 139 000 destinations, 260 millions de visiteurs uniques par mois, 125 millions d’avis et opinions de voyageurs partout dans le monde (sic !)
La « petite » bonne nouvelle :
Le site américain annonce un chiffre d'affaires de près de 1,48 milliard d'euros en 2016, en léger recul de 1% par rapport à l'année précédente. A comparer cependant avec les résultats de 2012 : « Seulement » 762  millions de dollars (soit deux fois moins) !!!
Enfin AirBnB
Ah la bonne idée de départ ! Installés à San Francisco en octobre 2007, les deux fondateurs (Brian Chesky et Joe Gebbia) créent la société AirBed & Breakfast (« matelas gonflable et petit déjeuner » en français…Rigolo, non…?). Le site d'origine proposait la location à court terme de parties d'appartement, petit déjeuner compris, à destination de personnes ne pouvant pas réserver un hôtel pour cause de saturation du marché. Ils se concentrent donc sur des évènements très médiatisés lors desquels il est difficile de trouver un lieu où passer la nuit. Le site est officiellement lancé le 11 août 2008. Le sucés immédiat incite rapidement les « fondateurs » à lever des fonds dès 2010  (7,2 millions de dollars) et la « machine » est lancée…7 ans plus tard, la plateforme de location de logements est devenue rentable fin 2016 et va encore réaliser des bénéfices cette année. AirBnB, c'est 2 millions d'annonces sur 34.000 villes à travers le monde. L'entreprise de San Francisco se paye en prenant une commission sur la location, à hauteur de 6 à 12%. Résultat : le chiffre d'affaires a progressé de 80%, rien que l'année dernière, à près de 1,6 milliard de dollars.
Hormis nos petits soucis personnels il faut savoir qu’il en résulte de considérables perturbations sur le marché de l’immobilier et les politiques de logement dans les grands centres urbains (tous pays confondus) ! Ce qui force les pouvoirs publics à réagir (2)

Voilà donc ce à quoi des petites structures individuelles de chambres d’hôtes comme la nôtre sont aujourd’hui confrontées. Il s’agit, en fait, d’un processus de captation (d’un « hold-up » !) à l’échelle mondiale sur l’ensemble des réservations d’hébergement en ligne.
En effet la puissance financière de ces principaux « acteurs » couplée à la taille de leur base de données leur permettent d’être présents dans les tous premiers résultats (naturels et/ou payants) des principaux moteurs de recherche (en tout premier lieu de Google !) pour toutes requêtes touchant de près ou de loin une destination touristique.
Cela signifie, par exemple et nous concernant, qu’un nombre de plus en plus croissant d’internautes (3) ne cherchent plus de chambres d’hôtes dans les résultats naturels d’un « moteur» mais via Booking, AirBnB ou TripAdvisor et donc ignorent (voire méprisent..) tous ceux qui ne s’y trouvent pas. Sans que les utilisateurs en soient pleinement conscients c’est comme si, pour faire leur marché, ils ne pouvaient se fournir que dans un unique magasin ne proposant que de la nourriture standardisée, seulement différenciée par l’emballage, mais dont ils pourraient commenter la qualité par un système de notation étoilée !
Et, fâcheusement, peu sont ceux qui semblent conscients de ce qu’implique une participation active à de tels sites pour de modestes loueurs de chambres d’hôtes. Pour « quelques dollars de plus » ils aliènent leur image (et même peut être à terme leurs revenus) à un modèle économique qui est, quoiqu’ils en pensent sur l’instant, à l’opposé du leur et qui a pour nom : « L’industrie touristique ».
L’étonnant succès des chambres d’hôtes en France a été très peu (ou très mal) compris. Il résulte sans conteste d’une volonté des pouvoirs publics à pallier au manque de structures d’accueil dans des régions touristiques mais économiquement mal développées (fiscalité, aides à l’installation, etc.) ; mais on finit par oublier son origine première, à savoir l’engouement d’un public averti, souvent familier des bed and breakfast anglo-saxons, soucieux d’authenticité (bien que ce mot ne soit plus aujourd’hui qu’un slogan !), de considération, de sincérité chaleureuse de la part des hôtes qui les accueillent et ce, de surcroit, dans des lieux qui témoignent d’histoires individuelles souvent étonnantes, riches et variées.
Et c’est indubitablement la possibilité de rendre tout ceci visible sur « la toile » au travers d’un site internet, parfois maladroit et peu « ergonomique », mais toujours en correspondance avec les propriétaires des lieux, qui a fait le reste….
Or, aujourd’hui, c’est cette rareté anachronique qui est en train d’être mise à mal, voire tout simplement balayée, par cette monopolisation de l’offre et la soumission forcée qu’elle implique aux normes de la compétitivité. Vous, nos hôtes, devenaient inéluctablement de simples clients-consommateurs et nous des loueurs de chambres obnubilés par la rentabilité de nos efforts…C’est donc résolus à résister à cette déferlante néfaste que nous publions cette sorte de manifeste, afin d’alerter tout ceux (hôtes ou loueurs) qui le liront :
Ne vous laissez pas séduire par un mirage de facilité et d’efficacité qui ne sert en réalité que les intérêts financiers de quelques intermédiaires rapaces et retords, au bout du compte, foncièrement inutiles. 
L’essentielle avancée d’Internet est de nous avoir, pour un temps, permis de nous passer d’entremetteurs. Même si, très vite, une kyrielle d’annuaires, plus ou moins honnêtes, s’est interposée, il était, jusqu’à présent toujours possible, avec un minimum de connaissances, de demeurer visible en préservant notre spécificité. 
La volonté de confiscation du « marché » par AirBnB, Booking, TripAdvisor et consorts, hypothèque, à terme, notre modèle de fonctionnement en le soumettant aux règles triviales de la mondialisation marchande. Il n’est peut-être pas si difficile de s’y opposer. Il suffit de ne pas les utiliser…. A vous de voir ! 
Le 22 mars 2018
Simone Mathis et Bernard Bouchault

Ps: En apparente contradiction avec ce qui précède et bien que nous n'ayons aucun compte sur TripAdvisor notre mas y figure et peut être trouvé ... Il s’avère que quelques hôtes ont pensé nous être agréables en publiant des avis et il nous est totalement impossible de les supprimer sauf à déclarer la cessation de notre activité. Qu’on le veuille ou non il est donc inévitable d’être indexé et finalement d’apparaitre dans cette base de données…C'est, au final, une preuve supplémentaire de la volonté hégémonique de cette entreprise qui ne craint d’ailleurs pas d'affirmer son ambition de répertorier, de manière exhaustive, l'ensemble des hébergements proposés en ligne (sic !)

(1) Priceline (Booking.com, Rentacar.com, Agoda.com) se refuse à communiquer les statistiques précises des uns et des autres mais admet néanmoins que 82 % de son CA est réalisé hors des Etats Unis et que Booking.com en est le 1er contributeur, très loin devant tous les autres. En 2015 le site de Booking.com propose 21 millions de chambres disponibles et sur les 12 mois précédents, pas moins de 285 millions de voyageurs – soit l’équivalent de la population du Royaume-Uni, de l’Allemagne, de la France et de l’Italie cumulés – ont séjourné dans ces hébergements… Plus d’un milliard de voyageurs ont réservé un séjour dans un établissement via Booking.com depuis la création du site. Il faut ajouter qu’il ne se contente plus de vendre des chambres d’hôtels. Tout est bon pour gagner de l’argent : chambres d’hôtes, gîtes, camping... A quand les lits et les chambres d’amis ? Ceci dit, maintenant qu’il commence à être dur de trouver quelque chose de nouveau à vendre, il va bientôt être temps d’augmenter les commissions pour maintenir les taux de croissance qu’exigent les investisseurs «cf. NASDAQ ». Vu la capacité des hôteliers à courber docilement l’échine, Booking.com n’a pas de souci à se faire. Aux dernières nouvelles Priceline vient d’acquérir Kayak, méta-moteur de recherche, spécialiste du bon plan et de la comparaison de prix dans l'univers du voyage. Montant de la transaction : 1,8 milliard de dollars, réglés en cash et par échange d'actions.

(2) A titre d’exemples emblématiques la ville de Berlin impose aux bailleurs d'obtenir une autorisation pour donner leur logement entier en location depuis le 1er mai 2016. La règle ne concerne pas le fait de mettre à disposition une chambre dans le logement habité par le bailleur. Les contrevenants s'exposent à une amende pouvant aller jusqu'à 100 000 euros…
A New York, sous la pression des syndicats hôteliers et des associations de résidents qui ne trouvaient plus de logements à prix décent, la ville a décrété une réglementation interdisant de louer un appartement plus de 30 jours par an. A la clé pour les propriétaires en infraction avec la loi locale: des amendes allant de $1500 à $7500 par infraction constatée.

(3) Les chiffres les plus récents montrent que Booking.com touche 70% des touristes cherchant un établissement sur le web 

 

Contribution Stéphane Muguet
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